- 1. Impasse du populisme de gauche

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Tnp – salle Jean Vilar

 

Mélenchon Mouffe
Impasse du populisme de gauche
Mercredi 11 octobre 2017 – TNP salle Vilar – 19h-21h

 

Laclau couverture

 

 

Errejon-Mouffe couverture
Il s’agit de tenter de reformuler des repères de gauche pour mieux s’orienter dans le brouillard et les confusions politiques actuelles, à l’échelle nationale et mondiale. Ce qui suppose un volet négatif, en identifiant des écueils, et un volet positif, en commençant à dessiner un horizon du souhaitable pour une gauche réinventée.
Cette première séance va s’arrêter de manière critique sur un piège, qui semble avoir les couleurs du « nouveau » mais présente plusieurs caractéristiques de la régression : ce qui est appelé positivement par certains « le populisme de gauche ». Il s’agit d’un thème puisé dans la pensée politique de deux théoriciens : l’Argentin Ernesto Laclau (1935-2014) et la Belge Chantal Mouffe (née en 1943). Il est aujourd’hui repris par certains dirigeants (comme Íñigo Errejón) du parti espagnol Podemos et par Jean-Luc Mélenchon de La France insoumise.

 

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  3 comments for “1. Impasse du populisme de gauche

  1. PATRICIA FILLIOU
    23 octobre 2017 at 23 h 48 min

    Bonjour à vous M.Corcuff. Je vous écoute très attentivement et je m’étonne de votre ignorance sur bien des points notamment sur l’ancien cri de colère et d’indignation en 1968 lorsque les foules de manifestants criaient  » CRS-SS  » – Visiblement, vous ne savez pas qu’en 1961, il y a eu, en plein cœur de Paris, un massacre d’Algériens qui a fait aux alentours de 200 à 800 personnes. Les forces de police parisiennes étaient alors sous les ordres de l’ancien collaborateur fasciste M.Maurice Papon. Il ne faudrait pas l’oublier, hein, cet évènement effarant en pleine  » démocratie-coloniale  » et votre candeur à penser que les militantes et les militants en 1968 n’étaient pas informés de ce fait m’interpelle. Vous apparaissez très peu informé parallèlement des évènements de 1967, où des ouvriers du bâtiments s’étaient mis en grève en Guadeloupe pour obtenir une augmentation de salaire de 2% et la parité en matière de droits sociaux. Ceux-ci après une provocation raciste du représentant du patronat ont été mitraillés et tués à bout portant comme des lapins par les forces de police française. D’autres Guadeloupéens seront encore tués durant les 3 jours d’émeutes et de répression policière qui s’ensuivent. Là, aussi, on ne comprend rien au slogan qui apparaît en 1968 si on ne connait pas ce dernier fait majeur, récent d’un an seulement puisque celui-ci s’est passé en Mai 67. Il est évident qu’en Mai 68, tout cela est encore frais dans les esprits militants qui manifestaient partout dans toute la France. Transformer les étudiants et les ouvriers de Mai 68 en adolescents naïfs et criards est proprement insatisfaisant de votre part. Idem par rapport au jeune mouvement dit du «Front Social», né précisément entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017 au cri de «  Ni Le Pen, ni Macron ». Un appel politique qui a émergé non pas parce qu’il y aurait l’idée d’un quelconque principe d’équivalence entre l’une et l’autre candidat, entre le FN, le parti d’extrême-droite et un arriviste sans parti politique bien qu’ ayant cependant des liens avec Philippe de Villiers, non point, Monsieur Corcuff. Non, pas du tout.En tant que sociologue supposé  « neutre» dans l’exercice de votre profession, je trouve que vous portez des jugements bien hâtifs pour avancer une fois de plus que ces manifestations apparues dans toute la France au même moment seraient le fruit d’une imbécilité congénitale ou d’une naïveté « adolescente ». Il y a avait là pourtant le cri de celles et ceux qui ne voulaient plus être les énièmes dindons de la farce puisque les mêmes avaient déjà voté pour Jacques Chirac, Ségolène Royal ou François Hollande et sans qu’aucune politiques issues des trois quinquennats suivants n’aient jamais rien apportés aux 97 % de salariées et de salariés en France, sinon la lente ou rapide érosion de leurs droits sociaux et de leurs libertés individuelles sur fond de terrorisme religieux. Je m’étonne donc que vous n’ayez pas vu dans ce cri de colère d’une jeunesse outrancièrement précarisée en 2017 après la loi El Khomri, le signe évident, politique et acté de la crise évidente de la V° république française, sinon même les débuts de sa fin. Merci de m’avoir permis de m’exprimer ici et bonne continuation à vous.

    • F BB
      25 octobre 2017 at 12 h 30 min

      bonjour et merci de votre commentaire qu je transmets avec votre e-mail à Philippe qui vous répondra s’il le souhaite et s’il a le temps
      cordialement
      fbressat

    • F BB
      29 octobre 2017 at 12 h 48 min

      Ne pas prendre ses désirs pour la réalité. Réponse à un commentaire

      Chère Patricia Filliou,
      Je vous remercie d’accorder de l’attention à mes analyses dans le cadre de l’Université Populaire de Lyon.
      Le point controversé que vous abordez est marginal par rapport à mon propos de la séance du 11 octobre 2017. Je pointe ainsi de manière critique dans ce bref passage (à écouter sur l’enregistrement entre 13 mn 30 et 17 mn 20) la progression en cours en France d’un « confusionnisme, dans le sens où l’extrême droite a été banalisée et où le repère négatif qu’elle constituait pour beaucoup s’est fortement estompé ». Ce qui s’est particulièrement exprimé entre les deux tours de la dernière élection présidentielle « autour d’une équivalence souvent posée entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron ». Un exemple de cette équivalence est celui sur lequel vous exprimez un désaccord : « Il y a eu des manifestations de jeunes, notamment lycéens, le 27 avril 2017 autour du slogan – dont la portée intelligente sera aussi forte que celle de « CRS SS » – « Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron ». Qui est sans doute un des sommets du confusionnisme. » Ce point prend place dans l’introduction générale de mes deux séances de l’année et concerne le cadre général de brouillage actuel des repères éthiques et politiques dans notre pays par rapport auquel se pose un problème de boussole. Problème de boussole par rapport auquel j’essaye de livrer des pistes : par la critique d’un écueil (« le populisme de gauche ») dans la séance du 11 octobre et par l’exploration d’un horizon du souhaitable pour la séance à venir du 20 décembre.
      J’ai des divergences avec les points de vue qu’exprime votre légitime critique.

      Tout d’abord, il y a des éléments factuellement erronés dans ce que vous avancez.

      * Le slogan « CRS SS » n’a pas été inventé en 1968, mais en 1948, suite à la répression par les CRS (créés en 1944 par le nouveau pouvoir issu de la Libération) de la grande grève des mineurs (voir https://www.franceinter.fr/emissions/histoire-et-politique/histoire-et-politique-07-mai-2017). Le slogan a simplement été repris en mai 1968.

      * En ce qui concerne le massacre d’Algériens le 17 octobre 1961, soit votre mémoire vous joue des tours (si vous avez vécu les événements de mai 1968), soit vous êtes mal informée. Car cet événement a longtemps été effacé de la mémoire collective (au profit de la répression policière du 8 février 1962 de Charonne, privilégiée dans les années 1960-1970 par la mémoire communiste, dominante à gauche) et est réapparu au cours des années 1980 seulement (il semble que cela soit un article de Jean-Louis Péninou du 17 octobre 1981 dans le quotidien Libération qui brise le premier le silence), à part les personnes qui avaient vécu le drame et quelques spécialistes (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_du_17_octobre_1961 ; sur les événements d’octobre 1961 et la question de la mémoire, voir l’article de la politiste Brigitte Gaïti, « Les ratés de l’histoire. Une manifestation sans suites : le 17 octobre 1961 à Paris », revue Sociétés contemporaines, 1994, volume 20, n° 1, pp. 11-37, http://www.persee.fr/doc/socco_1150-1944_1994_num_20_1_1363).

      * Je n’ai pas repéré, dans les documents d’époque, témoignages et travaux de recherche sur mai 1968 que j’ai pu consulter, de trace d’une référence massive à octobre 1961 à l’époque, ni d’un lien éventuel avec la reprise du slogan « CRS SS ».

      * Je n’ai pas repéré, dans les documents d’époque, témoignages et travaux de recherche sur mai 1968 que j’ai pu consulter, de trace d’une référence massive à la répression policière des émeutes de mai 1967 en Guadeloupe, ni d’un lien éventuel avec la reprise du slogan « CRS SS ». Sur ces événements aussi, la mémoire a été longtemps occultée : voir http://www.tahiti-infos.com/Mai-1967-en-Guadeloupe-des-commemorations-pour-briser-l-omerta_a161313.html.

      Ensuite, je ne peux suivre vos appréciations de « CRS SS » (en mai 1968) et de « Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron » (en avril 2017) :

      – Sur « CRS SS », il y a une équivalence directe posée (c’est comme si un signe = était posé entre les deux) entre des agents d’une répression policières (pouvant aller jusqu’à des massacres comme en octobre 1961) au sein des Etats de droit oligarchiques et autoritaires qui sont les nôtres (je ne leur donne pas le qualificatif de « démocratique ») et les agents d’un génocide. C’est une forme de relativisme du « tout se vaut » qui brouille les repères éthiques, en ne permettant plus de saisir des degrés différents dans la violence étatique. Ce relativisme peut même nourrir des formes de négationnisme vis-à-vis du génocide perpétré par les nazis, par une banalisation de leurs crimes. Certes, au moment de l’invention de « CRS SS » par des syndicalistes en 1948, on doit tenir compte qu’aux lendemains de la Libération le génocide a pris moins de place dans la mémoire française immédiate (fortement marquée par le couple gaullo-communiste) que le combat résistants/nazis-collaborateurs. Ainsi dans l’imaginaire collectif, « SS » ne renvoyait pas nécessairement à l’époque à la notion de génocide. Mais c’est moins le cas en mai 1968.

      – « Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron », le « ni…ni… » porte bien une forme d’équivalence, un peu plus indirecte que le précédent slogan, deux figures politiques – un néolibéral de centre droit et la leader d’un parti d’extrême droite – sont ainsi comparées dans leurs traits négatifs. Pour bien saisir cette forme d’équivalence, on peut mettre d’autres noms historiques à la place de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron, comme « Ni Churchill, ni Hitler ». On voit bien qu’une telle formule serait souvent considérée comme inacceptable, parce qu’elle porterait une certaine équivalence entre le conservateur britannique et le leader nazi. Par ailleurs, dans le slogan d’avril 2017, l’extrême droite est qualifiée par le substantif « patrie », fort soft et qui n’appartient pas à l’extrême droite, puisque c’est aussi un terme fort utilisé par Jean-Luc Mélenchon au cours de la même campagne présidentielle. Le fait d’avoir mis « patrie » (plutôt que, par exemple, « fasciste ») renforce la banalisation de l’extrême droite exprimée par le slogan. Cela renforce l’hypothèse qu’il s’agit globalement d’un slogan confusionniste.

      Dans tout cela, je ne cherche pas à être « neutre » (avec ou sans guillemets). Ma conception du travail intellectuel vise plutôt à trouver un équilibre entre distanciation et engagement (voir « Le savant et le politique », revue en ligne SociologieS, 6 juillet 2011, http://sociologies.revues.org/index3533.html) : distanciation, pour éviter de décrire la réalité comme une simple projection de mes préjugés, de mes attentes ou de mes désirs, et engagement, pour qu’une plus grande lucidité vis-à-vis de la réalité nourrisse la possibilité que nos désirs émancipateurs transforment radicalement cette réalité.

      Bien à vous
      Philippe Corcuff, 28 octobre 2017

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