1 comment for “Formes de domination au travail et critique du néo management

  1. 9 décembre 2013 at 13 h 44 min

    J’ai bien apprécié le cours de Danièle LINART qui rapproche le tournant néolibéral de celui opéré avec le fordisme en production industrielle. Eclairant. J’ai retrouvé, solidement étayé tout ce que j’avais pu discerner dans le public et dans le privé.
    Dislocation des collectifs de travail, encadrement à la base remplacée par des directives collectives contradictoires que chacun doit s’incorporer. Chacun doit s’organiser soi-même. Déstabilisation de ceux qui savent travailler. Réduction de l’activité à des chiffres sur lesquels une mise en concurrence est organisée pour l’excellence et l’efficience (faire plus avec moins). Casser le professionnalisme. Proclamer chacun responsable des « défis du temps ». Une conflictualité généralisée, anxiogène. La contrainte au cynisme comme seul espace pour respirer. Jusqu‘au burn out ; jusqu’au suicide.
    Il s’agit d’une phase intermédiaire destinée à casser les résistances, à éliminer ceux qui ne se plient pas au néolibéralisme.
    La phase suivante consistera à recruter et façonner de nouvelles générations qui verront leur réalisation personnelle dans le nouveau fonctionnement et les nouvelles missions, au mépris de leurs aspirations profondes, qui ne s’interrogeraient pas sur les finalités.
    Mais de tout temps, la jeunesse est rebelle.

    J’ajoute en prolongement de cette conférence, que cela se double par :

    1. la mutation de l’administration issue de la Libération en un bureaucratisme dominé par l’arrivisme, qui organise une irresponsabilité grandissante avec le niveau hiérarchique, et une base laborieuse toujours fautive. Mépris des missions « du passé » et mépris du public. (Un objectifs de la RGPP qui a recomposé l’organisation générale de la Fonction publique était de casser le lien que le public avait pu établir avec elle : brouiller les cartes, mais aussi placer les différents services sous la direction de directeurs ne connaissant rien à leurs missions ). Les organigrammes entrecroisés sont illisibles avec pléthore de directeurs inutiles qui multiplient les tableaux de bord, pilotages, directives et échéances, sans résoudre les problèmes techniques auxquels se heurtent ceux qui travaillent. La technicité de la hiérarchie unique et universelle est le management. La technique est l’affaire des exécutants dont l’éventuelle plainte est disqualifiante : « Incapable de s’organiser et problèmes relationnels ». Le fonctionnement bureaucratique génère lui-même des taches écrasantes : il est épuisant et autobloquant. Finalité : Traquer jusqu’au suicide ceux qui restent attachés aux principes du Service Public.
    Dans le privé ce fut le fractionnement par la soustraitance en cascade jusqu’au travail non déclaré ; le recours illimité à l’intérim, aux CDD, aux stages. Surdimensionnement de la partie administrative. Collectifs de travail éclatés. Le profit financier écrase les salaires. Généralisation des malfaçons. Abandon des normes de santé comme environnementales. Pour la finance, « nation » n’a aucun sens. La libre circulation des capitaux fonde tous les pillages, la réduction par paliers à l’esclavage des travailleurs du monde entier par délocalisations successives, actuellement de la Chine vers le Bangladesh…Les entreprises n’existent plus pour répondre à des besoins de la clientèle, mais pour développer la finance.
    2. les instituts de formation, consultants et cabinets qui diffusent cette « modernité » proclament que les contingents qu’ils forment sont la nouvelle « élite ». En fait il s’agit des nouveaux chiens de garde.
    Le terme d’élite est pervers dans la mesure où il signifie une caste supérieure et qu’il faudra sans cesse prouver son dévouement au système. Bannir l’esprit critique quoi qu’il arrive.

    3. L’introduction de représentants du patronat dans les rouages clef de l’administration et des services publics, le partenariat public-privé, la circulation FP – privé- partis politiques, tout cela institutionnalise la corruption, les confusions d’intérêt aux dépens du public. Le banditisme financier loge dans les caisses de l’Etat

    Ainsi le néolibéralisme soumet l’économie, l’idéologie, la politique et la culture, opère la mutation du service public en service de la finance.

    Ces mutations engagées dans le monde depuis les année 80 signifient aussi un échec fondamental, mortel, du syndicalisme issu du Congrès de Tour en 1920.
    Mais je ne veux pas empiéter sur le cours de Sophie Béroud.

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