- La sociologie critique de Pierre Bourdieu et la philosophie de l’émancipation de Jacques Rancière en tension

Biblio P. Corcuff UPL nov-décembre 2011

  1. La sociologie critique de Pierre Bourdieu et la philosophie de l'émancipation de Jacques Rancière en tension


La sociologie critique de Pierre Bourdieu et la philosophie de l'émancipation de Jacques Rancière en tension

  3 comments for “La sociologie critique de Pierre Bourdieu et la philosophie de l’émancipation de Jacques Rancière en tension

  1. 13 décembre 2011 at 17 h 25 min

    Ayant réécouté le second cours, je voudrais détailler un peu plus l’expérience que j’ai évoquée dans le débat qui a suivi le cours.
    Je me suis référé à des luttes des années 70 soit auxquelles j’ai participé, soit que j’ai approchées.
    Il s’agissait de mouvements d’usines durs, durables, spontanés, imprévus et autogérés.

    Au sujet du déclanchement : ce n’est pas une question de trop d’humiliations et de souffrances. Celles-ci jouent un rôle, bien sûr. Mais il y a à mon avis deux déterminants :
    1. c’est la double démystification : – des méthodes de domination qui se réclamaient d’ordre « naturel » supérieur. – et démystification du dominant, la figure du capitaine qui connait la mer et ses dangers, ce qui implique de prendre en charge les efforts qu’il dicte, même s’il y a des formes de résistance. La tromperie est devenue évidente.
    On a beaucoup glosé l’anti-autoritariste de 68 : avant tout, les différentes autorités s’étaient copieusement déconsidérées elles-mêmes au cours des années antérieures.
    2. c’est l’évidence partagée que c’est le moment de prendre son sort en main. Ce n’est pas un simple refus. Mais la volonté partagée de vivre autrement. Notre avenir ce n’est pas lui. C’est nous.

    Pendant ce type de lutte, les dangers (ruses, violence, coups tordus…) sont multiples, vécus, mais on fait bloc. Les individus sont méconnaissables. Des personnalités insoupçonnées se font jour. Les intelligences sont libérées ainsi que la créativité de chacun. Le collectif porte l’intelligence de la situation et crée les solutions qui font avancer.

    Pour moi, l’émancipation est inséparable de lutte collective, inséparable des petits succès réussis qui ont maintenu en échec la partie adverse et fait progresser la connaissance de ses faiblesses.
    L’émancipation est inséparable de la gestion directe et collective de la lutte. L’égalité au sein de la lutte est essentielle. Les syndicalistes ne sont pas à écarter, mais doivent rentrer dans le rang. La médiation des élus antérieurs doit être suspendue, la structure syndicale se tenir à l’écart et respecter la dynamique extraordinaire qui parvient enfin à vivre. Son activité ordinaire induit l’attentisme « de la base » vis-à-vis de ses propositions éclairées, même si elle multiplie les exhortations à l’action.

    Voila ce qui me paraît important sur le rapport individu / collectif, aliénation / émancipation.

    La donne a sensiblement changé sur les lieux de travail avec les nouvelles méthodes de direction.

    De nouvelles expériences collectives hors travail se font, avec une place nouvelle aux individus. Expériences sur lesquelles la sociologue Evelyne Perrin a longuement enquêté. Voir son site internet.

    Michel Bordaz
    michel.bordaz@free.fr

  2. PHILIPPE CORCUFF
    23 décembre 2011 at 15 h 39 min

    Merci pour ces compléments sur les intrications concrètes entre émancipation individuelle et luttes collectives!

    J’ajouterai un point : la lutte collective a beaucoup été appréhendée après la guerre de 1914-1918 (voir mon premier cours) dans le mouvement ouvrier et dans la gauche en France sous l’angle d’un logiciel « collectiviste » (discipline, sacrifice, etc.). Aujourd’hui, il me semble qu’un des enjeux importants est de réinventer quelque chose de décalé comme une coopération organisée des individualités (réactivant certains traits du syndicalisme révolutionnaire du début du 20° siècle comme certaines critiques anti-autoritaires autour de 1968).

    Philippe Corcuff

  3. MOULIE
    16 février 2014 at 10 h 52 min

    Je viens de lire le texte sur les luttes des années 70, je suis en désaccord avec les conclusions. L’égalite dans la lutte est indispensable, certes c’est faire croire que la lutte nait du néant alors que selon moi elle surgit d’une élaboration peu visible où s’élaborent les revendications, où se débattent les envies, les insatisfactions des uns, des unes et des autres.
    Tu dis les syndicalistes doivent rentrer dans le rang,c’est quoi le rang? Ils sont tellement rentrés dans le rang qu’ils ont quasiment disparu, belle victoire !
    Que sont devenus les animateurs/acteurs de ces luttes mythiques ?
    Dans mon entreprise,nous les militantes syndicales avons été vivement critiquées par les établis, nous étions considérées comme d’affreuses bureaucrates reformistes qui aurions brimé la spontanéité ouvrière alors que nous faisions notre boulot d’organisation de réunions, d’AG, de constitution de sections syndicales.
    EN 83 au moment où la gauche virait sa cuti, tous les établis ont disparu de la circulation et nous les indigènes qui n’avions pas le choix, nous sommes restées, heureusement qu’il restait les syndicats que nous avions construits, vaille que vaille et nous avons continué à défendre la réduction du temps de travail tellement réformistes,aujourd’hui dans ma boîte il y a une équipe syndicale qui fait son boulot dans les CHS-CT sur les conditions de boulot et qui y a beaucoup de mérite.
    Je suis pour la démocratie dans la lutte mais je pense contrairement à toi qu’elle ne vient pas de rien et qu’elle se construit. parceque l’expression qui se libère le plus vite c’est d’abord la parole de ceux et celles qui ont le meilleur niveau culturel, la parole des grandes gueules, la parole de ceux qui pour des raisons diverses osent (appartenance à un parti, un groupeetc…)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *