- Le poids des mots, le choc des banlieues

  1. Le poids des mots, le choc des banlieues.


Le poids des mots, le choc des banlieues.

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  1. 16 mai 2012 at 17 h 14 min

    Le premier volet du cycle « Langages et pouvoirs » a lancé un vaste chantier qui pose conjointement trois questions. La première est celle du pouvoir exercé par les mots sur nos représentations, la seconde celle des modes de contestations possibles de la représentation dominante de « la langue » comme une et indivisible et la troisième interroge la responsabilité sociale de l’enseignement littéraire, dont l’un des objectifs pourrait être de proposer des imaginaires alternatifs de ce qu’est « la langue ».
    Un vocabulaire nouveau vient d’envahir l’espace public et le monde du travail au moment où les rapports interindividuels au travail sont bouleversés, avec de lourdes conséquences sur les personnes, les suicides au travail.

    Je propose à toutes celles et ceux qui vivent ou ont vécu ces changements au travail,
    de faire une application du cours, en travail collectif, pour élucider les effets de ces mots nouveaux.
    Cela, évidemment en lien avec Myriam Suchet.

    Voici quelques exemples d’examen critique que je mets comme contribution personnelle.
    Mais le travail collectif que je propose reste entièrement ouvert et devra faire lui-même ses propres déconstructions.

    Gouvernance
    Le gouvernement d’une entreprise, c’est sa direction identifiable, que l’on peut rencontrer, qui donne ses instructions relayées par la hiérarchie. Les exécutants peuvent se grouper pour défendre salaires et conditions de travail
    La gouvernance est la nouvelle organisation du travail par états d’activité chiffrés, procédures, directives, échéances, tableaux de bord, émanant de multiples interlocuteurs, incohérents, tous prioritaires, qui effacent la hiérarchie, dont chaque membre n’est responsable de rien concernant les conditions de travail ou la qualité du produit, multiplient les réunions langue de bois où les directives sont « déclinées », et les problèmes concrets posés par l’activité éternellement sans réponse.
    A chacun d’incorporer ce fatras, de définir sa propre « feuille de route » et de rendre compte à un notateur qui ne répond à aucune question et peut vous déclarer en faute sur ce qu’il veut, quand il veut.
    C’est à mon avis, la forme néolibérale de l’aliénation au travail.
    Cela se double d’une déperdition d’énergie considérable pour des fonctionnements de structure aberrants
    Cependant, il existe un directoire qui fixe les quotas. Mais il est caché, non localisable, inaccessible,autiste sur les conditions de travail, comme sur les conséquences en santé publique.
    Atomisation du collectif de travail qui entrave objectivement l’action syndicale, mais qui est préjudiciable à la production. Dans la durée, très efficace comme pousse-au-suicide.

    Efficience
    Ce n’est pas un synonyme d’efficacité ! C’est l’injonction faite à tous d’améliorer sans fin la rentabilité de la structure. Contribue à exercer sur les exécutants une pression destructrice.

    Excellence. Carotte mythique et cependant label qui conditionne l’attribution de financements publics. Label attribué par de mystérieuses instances sur la base de chiffrages imbéciles de l’activité. Efficace pour placer en concurrence acerbe des structures de recherche et d’enseignement qui avaient fructueusement appris à travailler ensemble.
    Intelligence émotionnelle
    Choux-gras de consultants gourous. Intrusion de l’entreprise dans l’intime, sommation aux salariés à créer des simulacres d’émotions collectives qui constitueraient l’intelligence émotionnelle de l’entreprise. Mélange hypocrite de confidences obligées et d’empathie feinte, de glorification de l’entreprise et de sa hiérarchie, de pseudo fêtes obligées, « repas partagés ».
    Pseudo « famille » destinée compenser l’usure nerveuse considérable due à la « gouvernance », mais destinée aussi à court-circuiter l’adhésion syndicale.
    Le téléphone et l’ordinateur portables permettent au travail d’envahir le temps réputé non travaillé, d’envahir le domicile privé. L’exigence d’améliorer son intelligence émotionnelle et de la fusionner avec l’entreprise nient que les salariés et sous-traitants soient des personnes. Celles-ci sont réduites à n’être qu’individus, qui se livrent en esclaves, contribuent à ce que leur propre esclavage soit total.

    Mécennat
    Jadis, financement désintéressé d’activités culturelles qui contribuaient à une image positive du mécène.
    Ce terme est abusivement mis sur des financeurs privés que l’Etat a préalablement soulagé de divers impôts, taxes et cotisations. Transfert de finances publiques vers des personnes et structures privées qui viennent occuper des sièges dans des instances de la fonction publique, interviennent dans ses choix, ses orientations, sa gestion, au mieux de leurs intérêts privés.
    Le MEDEF a une longue expérience du noyautage, de la multiplication des conflits d’intérêts, de la manipulation des « instances mixtes » que les récentes réformes de l’Etat vient de multiplier.
    Le rôle de contrôle et de gestion équitable des affaires publiques par l’Etat en est gravement affecté.
    Lyon, 16 mai 2012-05-16
    michel.bordaz@free.fr

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