Principes

par Emmanuel Dockès et Philippe Corcuff


Pourquoi et comment une Université Populaire ?

L’ Université Populaire de Lyon s’inspire de la tradition des Universités Populaires au XIXe siècle telle qu’elle a été réactivée par le philosophe Michel Onfray avec la création de l’Université Populaire de Caen en octobre 2002

Le savoir n’est pas un objet réservé à une petite caste. C’est une jouissance qui peut être partagée et transmise. Et chacun a le droit d’y goûter à sa guise.

En pratique, cependant, l’accès à ce plaisir est souvent bien difficile. Les connaissances ne sont guère transmises qu’en des lieux à l’accès strictement réglementé et sur un mode hiérarchique. Dans ces écoles, ces universités, on se bat pour obtenir des « diplômes », ces indispensables sauf-conduits, sans lesquels il devient de plus en plus difficile d’échapper au chômage et à l’exclusion. Ces lieux d’enseignement subissent le carcan de leur fonction de gares de triage. Ils ne sont, ni ne peuvent être des espaces ouverts, où chacun pourrait venir, librement, s’enrichir. Les savoirs même qui y sont dispensés souffrent de cette pesanteur, et se recroquevillent autour de spécialités toujours plus pointues. De même que la division excessive du travail a fini par produire le travail à la chaîne, la spécialisation croissante des matières peut finir par générer une véritable perte du sens.

Ouvrir ne serait-ce qu’une petite fissure, dans ces cloisons qui isolent les citoyens et les connaissances, en profiter pour rapprocher les connaissances entre elles, telles sont les idées fondatrices de l’Université Populaire de Lyon.

D’elles sont issus quelques principes pratiques. Aucune barrière, d’âge ou de titres scolaires, ne sera opérée. La gratuité sera totale. Et aucun diplôme ne sera délivré. Quant au mode d’enseignement, l’Université populaire de Lyon se situera à la croisée de la rigueur de l’Université classique et de l’ouverture des «cafés philosophiques». De l’Université classique, l’Université Populaire retient la rigueur des savoirs enseignés ainsi que la nécessité de la transmission d’un contenu intellectuel avant tout débat.

La culture et les savoirs ne peuvent se réduire à la pratique de la conversation. Mais l’Université Populaire retient des «cafés philosophiques» l’ouverture à tous les publics, l’interactivité et la pratique du dialogue, dans la logique d’une transmission critique et non unilatérale des questionnements et des connaissances. Le principe, est celui d’un cycle de cours, qui permet d’envisager une progression personnelle. Le cours est dispensé une fois par semaine ou toutes les deux semaines sur une séance de deux heures, par des enseignants bénévoles. La première heure est un exposé. La seconde heure est une discussion, un débat, où chacun pourra apporter ses connaissances, ses convictions. Cette organisation de départ pourra, bien entendu, être discutée et réformée par la suite, en fonction des désirs des participants.

Réflexions sur les Universités Populaires